Chaires : quand entreprises et laboratoires collaborent
Catégories : Magazine #8 Monde socio-économique Entreprise Valorisation de la recherche
paru le 28/08/2026 - Mise à jour le 03/09/2026 (11:02)
Cultures de miscanthus
Les chaires industrielles sont nées il y a dix ans, alors que la métropole européenne de Lille (MEL) cherchait à trouver un dispositif pour faire travailler concrètement entreprises et laboratoires ensemble, sur des thèmes stratégiques pour le territoire (filières d’innovation et d’excellence). Aujourd’hui, les chaires s'appuient parfois sur des collaborations ou des partenariats qui existent déjà, et visent à les stabiliser et les développer.
Au-delà des brevets et de la production scientifique, la MEL évalue aussi les chaires selon des indicateurs plus qualitatifs, comme des réorientations stratégiques. « Ça a été le cas par exemple avec Boulanger qui voulait créer une activité de 2nde main, mais ne savait pas précisément comment procéder, d’où sa participation à une chaire sur la distribution » raconte Hervé Crespy, chargé de mission Recherche et transfert technologique à la MEL.
« Le but de la métropole est de faciliter les démarches, pour les entreprises qui financent. On conseille aux porteurs de projet de prendre contact avec nous en amont, pour qu’on puisse les accompagner dans le montage. »
Hervé Crespy, chargé de mission recherche et transfert technologique - Métropole Européenne de Lille (MEL)
Du côté des équipes de recherche, « un des grands intérêts des chaires industrielles est de pouvoir y mener plusieurs projets qui nous permettent de mutualiser moyens et personnels, explique François Coutte, professeur à l’école d’ingénieurs Polytech Lille et co-porteur de la chaire Valorisation par extraction, enzyme et microorganismes des agroressources (Valoreema ). On investit dans un équipement parce qu’il sert à plusieurs projets. Et parce que ces derniers ont des problématiques communes, on gagne en expérience et on va plus vite. »
« Parce qu’on amène de l’innovation, ajoute Renato Froidevaux, l’autre co-porteur, professeur à l’IUT de Lille, on aide à bâtir de l’activité économique en créant des synergies entre des industriels qui ne travaillaient pas ensemble, en convaincant les autres qu’il y a des marchés potentiels et qu’il faut commencer au moins à s’y intéresser. »
« Différentes configurations sont possibles, précise Hervé Crespy. Il y a des chaires qui tendent à fédérer les partenaires, d’autres au contraire qui sont centrées sur une seule collaboration ». La MEL vérifie en tout cas que les entreprises ont un minimum d'assise financière, ou qu’elles existent depuis quelques années et que leur projet est suffisamment crédible pour avoir convaincu des investisseurs.
Les chaires ont aussi une forte dimension en formation. « Sur notre chaire, il y aura pas moins de cinq thèses, dont une avec le Canada (Institut sur la nutrition et les aliments fonctionnels (INAF) de Québec) et une avec la Belgique (TERRA Research Center, Gembloux AgroBioTech), très intéressés par la thématique, souligne François Coutte. Et on intervient, souvent avec les industriels, dans de très nombreuses formations que ce soit à Polytech Lille, à l’IUT et dans plusieurs masters. »
Financement
La MEL finance ces chaires à hauteur d'un montant maximum de 300 000 € sur 3 ans. L'université peut ajouter jusqu'à 100 000 €. Les industriels mettent le reste ainsi que d'autres tutelles de manière à arriver à un budget de 900 000 € au total. Chaque année, deux appels à projet permettent le financement d'une à trois nouvelles chaires.
Valoriser les agro-ressources du territoire
Portée par des chercheurs de l’unité mixte de recherche transfrontalière BioEcoAgro (Tutelles : Université de Lille/Inrae/UPJV/Junia), la chaire Valoreema travaille à valoriser des ressources issues de l’agriculture et de l’agro-alimentaire dans les Hauts-de-France, à travers plusieurs projets. L'un d’eux utilise le miscanthus, une plante de plus en plus cultivée dans la région − notamment pour le paillage − qui est très riche en hémicelluloses. À partir de ces dernières, on peut obtenir des sucres. Ceux-ci, en fermentant, pourront produire toute une gamme de molécules biologiques qui peuvent être utilisées pour protéger les plantes, par exemple. « Au lieu que les industriels achètent du sucre ou de la mélasse de betterave pour faire cette fermentation, on leur propose une méthode beaucoup moins coûteuse, qui utilise les déchets de la fabrication de miscanthus » explique François Coutte. Avec l’entreprise Fruits Rouges & Co, c’est un autre projet qui entre dans le contexte de l’économie circulaire : l’idée est d’utiliser les conservateurs naturels, tels que les polyphénols, extraits de coproduits issus de la fabrication de sirops, de jus ou de coulis de fruits rouges, pour les réinjecter dans ces derniers.
Cas particulier, la chaire Valoreema a succédé à une autre. « Après la fin de la chaire précédente, raconte Renato Froidevaux, on a invité des industriels à Amiens pour une journée thématique, ce qui a notamment permis de recueillir leurs besoins. » La nouvelle chaire permettait d’une part au laboratoire de poursuivre ses collaborations sur l’endive (avec l’association des producteurs d’endives de France, l’APEF) et la chicorée (avec Leroux). Mais d’autre part, de diversifier ses activités : d’abord s’équiper pour la montée en échelle − des équipements pour produire plusieurs centaines de litres et ainsi se rapprocher de la phase « pilote » (juste avant le stade industriel) −, mais aussi pour faire de l’extraction de molécules, par exemple à partir des coproduits ou déchets de l’agriculture ou de l’agro-alimentaire. Et par là-même s'ouvrir à d'autres marchés : l'alimentaire, l'emballage bio-sourcé et le biocontrôle (protection de la santé des plantes, stimulation de la croissance) avec des molécules biologiques. ■