Contre le décrochage, l’université mise sur le territoire

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Pour réduire l’échec en licence, l’Université de Lille mène tout un ensemble d’actions et se coordonne avec ses homologues de la région pour fluidifier la réorientation des étudiants.

paru le 26/01/2026 - Mise à jour le 02/02/2026 (15:14)

Prendre le train de l’enseignement supérieur n’est jamais facile, tout particulièrement dans des régions avec de fortes inégalités sociales comme les Hauts-de-France. À l’Université de Lille, le choc de la 1re année de licence reste rude : seuls environ 45 % des étudiants parviennent à passer en 2e année. Contre ce constat, le levier principal est de développer l’accompagnement et de faciliter la réorientation, y compris pour rapprocher l’étudiant de chez lui.

« On a des étudiants qui prennent le train tous les matins depuis Dunkerque, raconte Esther Dehoux, vice-présidente Formation de l’Université de Lille. Et d’autres qui nous quittent, mais se réinscrivent ailleurs, exactement dans la même licence l’année suivante et toujours en 1re année, alors qu’ils auraient pu conserver leurs crédits acquis et ne pas perdre un an, grâce à la réorientation ! ». Jusqu’ici, des solutions étaient trouvées de manière informelle entre les universités de la région. « Désormais, nous partageons toutes nos informations : calendrier précis, procédure, contacts, liste des formations concernées » pour faciliter les passages d’un établissement à l’autre, en complément de la plateforme dédiée aux BTS, DEUST et BUT (Reo-Sup), coordonnée par la région académique.

Côté Université de Lille, un accent fort est mis sur la réorientation depuis quelques années, et tout particulièrement pour celle qui est possible dans les premières semaines de septembre➊. « Nous savons que plus une réorientation est précoce, plus elle a des chances de réussir » souligne Esther Dehoux. Un travail qui commence à payer : le nombre d’étudiants qui fait cette demande a été multiplié par cinq depuis 2021-2022. En parallèle, l’université fait mieux connaître les autres possibilités de réorientation➋.

Mais comment parvenir à toucher l’étudiant décrocheur ? L’un des leviers activés par l’université est de l’inciter à demander un accompagnement via son contrat de réussite➌. Cette année, près de 450 étudiants ont ainsi pu rencontrer un professionnel de l’orientation pour faire le point, contre 70 il y a deux ans.

Autre option, aller nouer le contact sur le terrain. Pour cela, l’université s’appuie sur les compétences de la mission locale Lille Avenirs, qui a mis à disposition une conseillère en insertion et psychologue du travail dans le cadre du projet « Parcours de réussite » : elle appelle les étudiants absents, les relance par SMS, assure des permanences sur les campus, où elle redirige les étudiants vers les différents services de l’université (orientation, santé, etc.)

Cette expérimentation, limitée à deux formations pilotes➍ a été permise grâce à l’appui de la commissaire à la lutte contre la pauvreté dans les Hauts-de-France d’alors, Sylvie Charrière, soucieuse de renforcer le rôle d’ascenseur social des études supérieures. Son soutien permet de financer l’autre volet du projet, une étude➎ qui suit sur trois ans les étudiants décrocheurs, inscrits en licence en 2023-2024, complétée par des entretiens. Elle a d’ores et déjà permis de mieux comprendre les facteurs qui conduisent à décrocher (formation ne correspondant pas aux attentes, manque de méthode, difficultés de transport, isolement, etc.), mais surtout de préciser les moments du décrochage, car les étudiants ne décrochent pas au même moment : plus tôt en sciences humaines et sociales qu’en santé, par exemple, sans doute parce que l'abandon d'études à l'accès difficile génère une culpabilité plus forte.

« Souvent les parents ont fait de gros sacrifices financiers, développe Esther Dehoux. Et l’étudiant est seul, avec une pression d’autant plus forte qu’il vit sa situation comme un échec. » Elle plaide pour dédramatiser la réorientation et la faire évoluer vers « un véritable accompagnement, y compris psychologique. » ■

 

 

➊ Elle se fait par une modification de l’inscription administrative. Ne sont ouvertes à la réorientation que les formations dont la capacité d’accueil n’a pas été atteinte dans Parcoursup.

➋ La réorientation est possible aussi en fin de 1er semestre (en 1re comme en 2e année), via des passerelles entre certains cursus, ou encore après un semestre de remise à niveau, les « DU Tremplin » (restreints à certains domaines, par exemple Santé-sport), utiles aussi lorsqu’il n’y a pas encore de places disponibles dans une formation.

➌ Le contrat pédagogique de réussite (ConPèRe)

➎ Les différents volets de cette étude, conduite par l’observatoire de la direction de la formation (Odif), sont disponibles ici.

➍ 1re année de langues, litt. et civ. anglaise, et lettres modernes