Du sel à l’océan

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Des conquêtes d’Alexandre le Grand à la rhétorique grecque, de la restauration du bâti aux musées subaquatiques, une équipe de recherche a choisi de faire du sel un fil rouge permettant un dialogue fécond entre disciplines.

paru le 26/08/2026 - Mise à jour le 03/09/2026 (11:02)

Dessin : cinq yeux sont dirigé vers un rectangle où se trouvent une salière et des grains de sel de différentes couleurs.

Dessin réalisé par Olivier Sampson dans le cadre d’actions de médiation du programme Sciences infusent, autour du projet Regards croisés sur le sel.

« Sel, art, patrimoine, discours », tel est le nom d’un projet qui croise les approches d’archéologues, géologues, historiens de l’art, antiquisants, etc. Porté par Valérie Boudier, professeure à l’université et chercheuse au CEAC, le sel permet en effet d’aborder par de multiples points de vue de nombreux sujets. Par exemple, sa couleur : si sa blancheur a été souvent soulignée par la peinture occidentale, il est parfois noir − car enrobé de charbon depuis l’Antiquité à Chypre −, ou rose, par la présence de minéraux comme dans celui de l’Himalaya, aux prétendues vertus ancestrales, alors que comme tous les sels, il y a urgence à en réduire la consommation.

« Les usages du sel par les artistes sont foisonnants, et encore très mal connus » souligne Valérie Boudier, et souvent inspirés par les conséquences des activités humaines sur l’environnement. Comme l’asséchement de la mer Morte, privée de l’eau de ses affluents par les activités humaines de la région, qui laisse derrière elle des trous béants de plusieurs mètres voire plus, les dolines. Formées par la dissolution de vastes blocs de sel, elles ont été immortalisées par la photographe française Ilanit Illouz, par des tirages qu’elle a plongés dans l’eau salée de cette mer agonisante.

C’est aussi l’action du sel que recherchent certains artistes qui immergent leurs œuvres dans la mer, pour les livrer à une dégradation fascinante.Ces dernières forment alors parfois de véritables musées subaquatiques, terra incognita de la recherche jusqu’ici. Vingt-cinq musées (ou sculptures isolées) de ce type sont recensés actuellement en Europe (Une pratique qui a commencé en 1954 avec le Christ des Abysses près de Gênes en Italie), dont celui de Marseille, et au moins 80 dans le monde. Leur multiplication aujourd’hui est au cœur de nombreuses questions que dessine la thèse de Juliette Charigny, co-dirigée par Valérie Boudier (voir encadré). ■

 

 

 

« Avec les musées subaquatiques, de nombreuses pistes à explorer »

« Les questions que posent ces musées sont nombreuses. La conservation des œuvres par exemple, peu envisagée au début, incombe en principe au musée. Mais pour quelle durée ? La fin de vie de l’œuvre doit-elle être prévue juridiquement ? L’appellation même de musée pose question, du fait de leur accessibilité limitée. Certains d’entre eux, financés par des grands groupes hôteliers (aux Bahamas, etc.), sont clairement réservés à une clientèle fortunée, tandis que d’autres préfèrent prendre le temps d’exposer leurs œuvres sur la terre ferme à la population, éventuellement en organisant des cérémonies, avant leur immersion.

Les préoccupations environnementales des artistes sont aussi importantes. Qu’il s’agisse des travaux d’un des pionniers, Jason deCaires Taylor, ou de ceux des sculpteurs Valérie Goutard ou Spencer Arnold près de l’île thaïlandaise de Koh Tao, beaucoup visent aujourd’hui à ré-implémenter de la vie sur des œuvres pensées comme des récifs artificiels, parfois faiblement électrifiées pour faciliter leur reconquête par les coraux (par accrétion de sels minéraux). » ■

Juliette Charigny, doctorante au CEAC.

 

 

Le centre d’études des arts contemporains (CEAC)

Danse, imaginaire colonial, photographie des minorités de genre, recherche participative, vécu des conséquences du changement climatique… les nombreux projets menés au CEAC abordent l’art, la culture et la société à travers musique, théâtre, danse, arts plastiques et cinéma.