Quand l’art s’appuie sur la science
Catégories : Magazine Dossier Recherche Science & société
paru le 26/01/2026 - Mise à jour le 29/01/2026 (15:20)
Vitrailliste de formation, Desislava Stoilova travaille le verre depuis une vingtaine d'années. « J’aime pousser à bout les matériaux, et depuis quelques temps je cherchais à incorporer des bulles dans le verre, au point qu’il en devienne opaque, comme une éponge dure ou de la pierre ponce. » explique-t-elle. Ses premiers essais, avec de la poudre de verre mélangée à diverses substances comme des feuilles mortes, sont mitigés.
C’est alors qu’en 2024, elle découvre le principe de la résidence art-sciences et contacte l’université. Justine Malpeli, chargée de projets culture scientifique à la direction Culture, la met en relation avec François Mear, enseignant-chercheur de l’unité de catalyse et chimie du solide (UCCS), qui par chance, travaille précisément sur le sujet. Ils montent un dossier, le défendent, et sont retenus.
Pour chacun des deux, la collaboration art-sciences est une première. « Un artiste n'a pas le même regard sur l'objet, explique François Mear. Ça a changé le mien : je travaillais sur des panneaux d'isolation tout gris, Desislava a amené de la couleur ! », louant également ses idées « stimulantes ». « Je vois plein de points communs entre les scientifiques et les artistes, renchérit Desislava Stoilova. Tous deux procèdent par essais/erreurs, transforment la matière… Je me suis sentie tout de suite chez moi ! »
François Mear lui enseigne l'existence des agents moussants, à base de magnésium ou de calcium par exemple, qui permettent d'obtenir de belles mousses avec 80 % d'air − « une sorte de levure ! », précise-t-il. Et la voilà transformée en vraie scientifique, dans le bureau que le laboratoire lui met à disposition. François et elle ne comprennent pas, notamment, pourquoi les verres qu'elle achète, a priori identiques à la couleur près, ne moussent pas de la même façon. Grâce aux équipements à rayon X du laboratoire, ils s’aperçoivent qu’ils sont en fait très différents, ce qui l’amènera à n’en utiliser qu’un seul, coloré par des pigments.
Plus tard, acceptée en résidence au Musverre de Sars-Poterie, elle doit ensuite changer d’échelle, passant des petites mousses de laboratoire à d’autres de plusieurs kilos. Et là, catastrophe ! Le moule déborde. Mais François Mear la rassure : elle peut ouvrir le four en cours de cuisson pour vérifier le gonflement, et remettre dans le moule la mousse qui déborde. « D’accord, mais à 800°C, tant pis pour les cils ! » s’amuse Desislava, qui en a vu d’autres…■
La résidence universitaire a vraiment changé ma vie. C'est le tournant le plus significatif de mon travail. Pour moi, l’art-science est presque un nouveau mouvement artistique, qui sera peut-être aussi important que le cubisme ou l’art abstrait en leur temps, et je suis fière d’y participer
Desislava Stoilova
Des idées à foison
La résidence lui permet de travailler avec d’autres laboratoires de l’université pour créer de nouvelles œuvres . Elle travaille à faire pousser des plantes à travers des mousses de verre. Elle va également utiliser, pour une installation lumineuse, un des gros cylindres qui servent à tirer des fibres optiques et aimerait adapter un système d’impression 3D du béton pour produire de la mousse de verre…