Choyer la faune et la flore des campus

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Développement de la biodiversité, cartographie en temps réel, inventaire terrain, formation : l’Université de Lille, l’une des plus végétalisées de France, s’est lancée dans un plan ambitieux de gestion de ses espaces verts.

paru le 26/01/2026 - Mise à jour le 30/01/2026 (17:57)

Un jeune homme décrit des fleurs à une jeune fille

Amandine discute avec un des étudiants chargé de l’inventaire.

Équipés de filets, jumelles, et de divers objets non identifiés, une dizaine d’étudiants s’active en ce mois de mai près d’une mare sur le campus Cité scientifique.

Curieuse, Amandine, étudiante en master Biologie santé, s’arrête pour les observer. « Pendant un mois, notre mission est de répertorier, sur des parcelles bien identifiées, tous les êtres vivants de la strate herbacée : végétaux, mais également insectes pollinisateurs, araignées, oiseaux, mammifères et amphibiens » explique Matheo, en train de réaliser son stage sur le recensement de la biodiversité sur les campus, avec ses camarades de la licence Biologie des organismes et des populations (BOP).

Pour cela, les apprentis naturalistes utilisent des instruments spécifiques comme des fauchoirs (filets à papillons plus solides) et autres pièges à insectes : pièges à polinisateurs, sorte d’entonnoirs en plastique disposés à hauteur des fleurs, ou pièges Barber placés à même le sol afin d’attraper les insectes rampants et coléoptères. À certains endroits, des parapluies japonais sont tendus, grandes toiles inversées qui récoltent les insectes tombés des arbres.

Pour identifier les végétaux, les étudiants utilisent des « clés de détermination », séries de questions sur les caractères d'un spécimen. À quoi ressemble la tige ? Comment sont agencées les feuilles, les pétales et les sépales ? « En général, on parvient à identifier l’espèce sur place mais si le doute persiste, on peut aussi prélever un échantillon afin de l’observer plus tard à la loupe binoculaire » précise Matheo. Question d’époque, les étudiants ne cachent pas qu’ils utilisent aussi parfois des applications sur leur téléphone type Plantnet, une aide précieuse pour identifier la famille de la plante notamment.

280
insectes différents recensés

240
plantes herbacées différentes identifiées

7650
arbres recensés

50
hectares de zones enherbées (majoritairement pelouse)

Collectées chaque année depuis 2021, ces données quantitatives et qualitatives sur la biodiversité des campus viendront nourrir les réflexions et décisions autour de la gestion des espaces verts de l’université. Comme nos jardins, qu’ils soient fonctionnels ou décoratifs, les espaces verts de l’université nécessitent un entretien, qu’il est aujourd’hui urgent de repenser afin de favoriser la biodiversité et réduire l'utilisation de pesticides.

De plus en plus d’établissements adaptent et rationalisent en effet l’entretien de ces espaces, dans une démarche globale pluriannuelle appelée plan de gestion différenciée (PGD). Dès 2022, l’Université de Lille s’est emparée de cette question et vient de lancer un premier PGD ambitieux, après une phase d’étude de plus d’un an, confiée à l’association Nord Nature Chico Mendès.

Ce plan lancé fin 2024 prévoit toute une série d’actions, planifiées sur cinq ans : inventaire des espaces et de la biodiversité, mais également sensibilisation et formation des agents à une gestion repensée. En 2025, agents et gestionnaires ont ainsi effectué des travaux pratiques concrets sur le terrain : espaces de travail en petits groupes pour identifier les enjeux et propositions d’améliorations sur des zones précises.

« L’idée globale est de proposer un entretien raisonné et différencié : plus soigné sur les espaces prestigieux et visibles (à l’entrée des bâtiments par exemple), et moins intensif sur d’autres. » explique Pierre Farges, chef de projet climat à l’université. Au lieu de la tonte classique sur les espaces enherbés par exemple, d’autres types d’entretien sont envisageables, allant de la tonte extensive (moins fréquente), à la friche, en passant par la tonte différenciée (avec des hauteurs de coupes variables). « Nos préconisations visent en général à réduire les interventions et l’usage d’intrants (engrais et pesticides), ce qui va générer des économies à long terme » précise-t-il.

L’entretien peut être plus soigné sur les espaces prestigieux et visibles, et moins sur d’autres. Nous varions l’intensité de la tonte et nous réduisons les interventions et l’usage d’engrais et de pesticides, ce qui va générer des économies à long terme.

Pierre Farges

Lieux de rencontre ou de passage, pratiques ou simplement décoratifs, les espaces verts en milieu urbain ont des fonctions écologiques importantes. Ils permettent de mieux maitriser les ilots de chaleur et contribuent à développer la biodiversité en milieu urbain, en fournissant des habitats pour une variété de plantes, d'animaux et d'insectes.

Limiter leur entretien permet de réobserver la floraison de certains arbustes, habituellement trop taillés pour développer des fleurs, et de mieux respecter la nidification de certaines espèces. Cette fonction écologique passe par un choix raisonné de leur entretien, mais également une réflexion sur la sélection des essences. Une pépinière dédiée sera d’ailleurs bientôt inaugurée à Cité scientifique, afin de cultiver des arbres juvéniles qui pourront être transplantés dans les années à venir à moindre coût. « Le paysagiste a proposé une palette végétale incluant trois quarts d’essences locales, mais également des essences plus méridionales, en anticipation du changement climatique et de périodes de sécheresse » précise Pierre Farges.

Ce plan s’intègre aussi dans son territoire, et notamment aux initiatives qui visent à restaurer dans les communes adjacentes un réseau où les espèces animales et végétales peuvent circuler, s’alimenter et se reproduire (trames vertes et bleues). En outre, que ce soit sur la biodiversité ou les espaces végétalisés, il va produire des données particulièrement riches, dont pourront se saisir les chercheurs. « Le plan converge aussi avec les besoins de la recherche » ajoute Pierre Farges, en lien avec le plan de transition écologique de l’université et son institut des transitions environnementales et sociales (ITES).

Cartographier pour une gestion en temps réel

Le plan s’appuie également sur une base de données géographique, qui recense les espaces végétalisés et les essences en présence. Elle permet de dresser en temps réel un état des lieux et un diagnostic des besoins, parcelle par parcelle, sur les 130 hectares non bâtis que compte l’université. Ce travail titanesque a déjà été en grande partie réalisé par le prestataire, exceptées certaines zones, en travaux au moment de son passage. « Rien que sur Cité scientifique, on dénombre 944 parcelles enherbées identifiables » souligne Pierre Farges, qui complète actuellement la base de données, en dessinant et décrivant les éléments qu’il a identifiés, et notant ses préconisations.

Une fois finalisée (début 2026), cette base de données sera mise à jour en temps réel par les gestionnaires de sites, qui pourront alors exporter les informations en quelques clics et filtrer selon l’urgence les zones à tondre ou les arbres à élaguer, par exemple.